Les bases de la psychologie des couleurs

La psychologie des couleurs : qu’est ce que c’est?


La couleur… vaste sujet en vérité! On ne s’en rends pas forcément compte, mais par nature, l’humain pense en couleurs. Ses émotions sont colorées, ses ressentis et ses goûts varient avec les couleurs qu’il apprécie. Parfois même ses sens sont trompés par la couleur. Un Yaourt nature avec un colorant rose, aura forcément le goût de fraise, tandis que ce même yaourt dans lequel on aura injecté un colorant jaune aura forcément un léger goût de citron.

Feel & conquer : tableau de l'artiste Yuumei cherchant l'inspiration sur une toile blanche. Ses autres oeuvres sont autour d'elle. Des bidons de peinture représentent ses émotions.
Feel & Conquer par Yuumei


Si la couleur est un sujet si complexe à aborder, c’est car elle fait appel à de nombreux mécanismes qui régulent nos sens et notre psyché. Ainsi, lorsque nous interprétons une couleur, nous faisons appel à :

  • notre perception de la lumière
  • la culture avec laquelle nous avons grandit
  • notre vécu, notre ressenti
  • nos émotions

Et tout cela se passe en une fraction de secondes, à peu près dans cet ordre.

Je pourrais commencer à m’étendre sur la logique de la perception de la lumière, la manière dont l’œil perçoit la lumière, ou plutôt la réverbération de celle-ci sur des surfaces, mais ce ne sera pas le sujet de cet article.

En effet, nous avons tous entendu parler de ces notions à l’école et j’aimerais pousser le sujet avec vous, mais cela prendrait beaucoup trop de place dans cet article. Je le réserve donc à plus tard.

Aujourd’hui, je vais vraiment m’étendre sur les 3 autres points.
Culture, ressentis, émotions. Comment expliquer que ces logiques comportementales puissent autant varier d’un individu à l’autre? Pourquoi certaines conservent-elles malgré tout un tronc commun? Qu’est ce qui explique que certaines couleurs soient préférées par des femmes d’autres par des hommes? Faisons le tour de la question ensemble.

Tableau "Better Tomorrow" représentant l'artiste en train de repeindre une ville morne et polluée sur le mur d'un vieil entrepôt. Sa peinture est pleine de couleurs, le ciel est bleu, une plaine fleurie a remplacé les bâtiments noirs.
Better tomorrow par Yuumei

Le rôle de la culture sur la perception des couleurs


Quel que soit le continent, la teinture ainsi que les pigments servant de base à la peinture sont arrivés très tôt dans nos vies. Les érudits ont rapidement appris cet art complexe consistant à mélanger divers pigments (issus d’extraits animaux, de plantes ou de minéraux) et liants afin de créer des couleurs tenant sur diverses surfaces et tenant dans le temps.

Certains pigments, plus complexes que d’autres à créer, sont très vite devenus des symboles de luxe. Soit car ils étaient faits à partir de matériaux rares et précieux (exemple : la feuille d’or), soit car ils n’étaient simplement pas possibles à reproduire (exemple : le bleu, dont des recettes efficaces pour certaines variantes spécifiques n’ont été trouvées que très récemment dans l’histoire humaine), ou encore le blanc, extrêmement ardu à concevoir et à faire tenir dans le temps s’inscrivant également dans la religion comme couleur liée à la pureté, au sacré.

Préparation des couleurs par un assistant d'une des nobles dames décrites par Boccace dans son traité
Préparation des couleurs par un assistant d’une des nobles dames décrites par Giovanni Boccaccio dans son traité ” Le livre de femmes nobles et renomees ” – BNF, Paris, Ms Fr 599

Ces couleurs ont donc acquis une notoriété, les rendant plus “belles”, plus “désirables” aux yeux de la population. Leur rareté, ou la richesse des personnes les portant, ou commandant des objets d’art en usant, les rendant particulièrement sujettes à convoitise.

À cela se sont ajouté des notions religieuses, symboliques et politiques donnant du sens à certaines teintes, plus qu’à d’autres.

Perdurant dans le temps, ces notions sont restées ancrées dans nos civilisations, faisant partie des nombreux codes sociaux faisant consensus dans nos esprits car intégrés à notre culture, religion et/ou politique.

A l’inverse, certaines couleurs étant particulièrement simples à obtenir ont été très vite perçues comme habituelles. Ainsi, au moyen-âge en Europe par exemple, on ne regardait que très peu les teintes sablées ou brunes, ces couleurs n’étant que la couleur des matériaux de base les plus couramment utilisés. Les couleurs du peuple, du quotidien. Sans le moindre sens, ni le moindre intérêt.

Cette notion culturelle, parfois oubliée a plusieurs fois induit en erreur des historiens. Notre comportement est tellement guidé par notre culture que l’on oublie parfois de remettre en contexte des perceptions d’autres peuples.

Vous voulez voir un exemple de dissonance entre notre perception de la couleur, nos connaissances et la vision d’autrui? Restons en Europe, je vous propose de regarder l’histoire des statues grecques. Ces statues si parfaites, si pures, si… blanches! blanches? vraiment?


Notre vécu, notre ressenti : Un autre mode d’interprétation des couleurs


Notre passé affecte nos émotions. C’est un fait connu. Or, nous pensons en couleurs et ce, sans nous en rendre compte. Pour vous expliquer la chose, un petit exemple s’impose :

Il y a quelques années, lorsque j’étais salariée, ma chargée de communication et moi même nous sommes livrées à une petite expérience sur le personnel. Nous avions changé de locaux récemment, et travaillons sur une application liée à la gestion de la lumière en intérieur de bâtiments. Cette application étant une énième variante d’une suite applicative, nous cherchions à lui conférer une couleur différente des autres, chaque application de la suite ayant une couleur attitrée.

Photo des bureaux de mon ancienne entreprise.
Photographie des locaux de mon ancienne entreprise.


Nous avons donc posé une simple question, toute bête. Si je vous dis “pièce d’intérieur”, “espace de vie”. À quelle couleur cela vous fait-il penser?

Les réponses nous ont alors paru particulières. À 80%, les collaborateurs ont répondu : rouge! Sans hésiter ou presque, “rouge”, sans explication, à l’instinct.

Nous ne nous attendions pas à une réponse aussi forte. Dans les 20% restants, nous avions également beaucoup de blanc rapport à la lumière, puis du brun, rapport au bois, orange rapport au bien être, au feu l’hiver…

Autre fait notable, les 20% restant faisaient toujours une allusion à un ressenti lié à un sentiment qui leur plaisait lorsqu’ils étaient chez eux ou dans un lieu qui leur plaisait.

Mais la majorité “rouge” était incapable de dire pourquoi. C’était arrivé ainsi dans leur esprit, cela leur paraissait naturel mais ils n’avaient aucune explication à fournir.

Ils nous a alors fallu chercher un peu le pourquoi. Lorsque nous avons enfin trouvé, l’explication nous parut alors claire. Nous n’avions pas pris en compte un biais qui nous avait aussi atteins.

Je vous l’ai dit au début de cette section non? Nous avions déménagé, changé de locaux, moins de 6 mois auparavant. Nous étions restés des années dans des locaux dont l’intérieur était rouge. Rouge foncé.

Mes collègues avait simplement réagi par rapport à leur vécu. Restant en intérieur majoritairement au travail, ils s’étaient imprégné de cette couleur. La réponse leur avait donc parut évidente.

Les émotions

Munch, Le cri (1893) / Edvard Munch [Public domain]


Nos émotions sont complexes. Difficile de les définir tant elles sont personnelles. Elles sont le cumul de notre perception, notre vécu, notre culture et notre point de vue / philosophie personnels.

Il est difficile de décrire ce que nous ressentons sans rentrer dans de la philosophie, ce qui n’est pas le but de l’article. Qu’est ce que le Beau? De nombreux philosophes ce sont penchés sur cette question complexe, en vain. Cependant il est à savoir qu’en connaissant les 2 points précédents, il est possible d’établir des notions de “perception d’émotions” par couleurs.

La notion la plus connue du grand public est le concept de couleurs chaudes et couleurs froides. C’est d’ailleurs la première chose qui est venu à l’esprit des deux personnes à qui j’ai parlé de cet article avant de finir de l’écrire.

Mais on peut pousser plus loin. Plusieurs études réalisées par diverses entreprises du marketing et très bien décrites par Influencia tendent à montrer que les femmes préfèrent généralement les couleurs plus douces comme le bleu, le violet, le vert, là où les hommes vont préférer des couleurs vives et des mélanges de nuances.

Le rouge, couleur augmentant le rythme cardiaque et introduisant un sentiment d’urgence sera plus utilisé pour des ventes de liquidation, des alertes. Elle est très populaire dans les secteurs de la technologie, la banque et l’agro-alimentaire à cause de son côté très dynamique.

À l’inverse le bleu induit généralement un sentiment de stabilité. Visible aussi par les daltoniens, cette couleur est utilisée dans la sécurité, la finance, l’informatique, la technologie.

En conclusion, lorsque l’on choisit une couleur plus qu’une autre, si nos goûts personnels rentrent en compte, ce n’est pas cet aspect qui primera pour définir si une couleur est utilisable ou non dans un contexte précis. Il faut, lorsque vous choisissez vos couleurs, pour un produit, un logotype, pour votre marque, prendre en compte l’ensemble de ces 3 critères, en vous focalisant en particulier sur les 2 critères les plus fiables : culture et vécu.
Et pour vous aider dans cette tâche ardue, voici une petite description de la manière dont sont globalement perçues les couleurs…

Psychologie des couleurs : le guide par couleur


Rouge

rouge


La couleur de l’émotion
On va l’associer à toutes les émotions vives et tous les concepts qui induisent des émotions vives : amour, rage, haine, passion, batailles, patriotisme.
C’est la couleur du sang, de la royauté et du triomphe.
Observer du rouge augmente la fréquence cardiaque, pousse à la impulsivité. On l’associe aussi à l’érotisme ou aux activités intenses comme le sport.

Applications concrètes en publicité :
On va l’associer à Noël, au 14 Juillet ou à la saint valentin. On l’utilisera en représentation du communisme, pour des boissons énergisantes, de la lingerie, du maquillage, des sites érotiques, de la nourriture. Il sera le principal outil utilisé pour pousser à l’achat ou alerter d’un danger.

En signalétique :
Le rouge représentera systématiquement un danger ou une alerte, quelque chose d’imminent.

Secteurs principaux utilisant le rouge :
Alimentaire, agriculture, transport, technologie, santé, ménager.

Anecdote historique :
Cette prépondérance du rouge partout dans notre histoire s’explique par le fait que ce sont les pigments que l’homme a su maîtriser le plus tôt et le plus facilement, tant pour la peinture que pour la teinture. Le rouge se retrouve ainsi dès la préhistoire, dans l’art paléolithique, obtenu à partir de la terre ocre-rouge.

Le rouge est une teinture qui sera extrêmement utilisée au Moyen âge. Avec le noir et le blanc, ce sont les pigments les mieux maîtrisés et ainsi les plus utilisés. Portés par les rois sur des textiles lui conférant une apparence éclatante, il est également porté par le peuple sous des versions plus ternes, et ce depuis l’antiquité.

C’est donc une couleur qui a toujours été appréciée et qui l’est toujours aujourd’hui. Le symbolisme fort qu’elle a conservé au fil des siècles en font une couleur incontournable.


Orange

orange


La couleur de la chaleur
Lumière, chaleur, tropiques, ce sont les mots qui ressortent le plus souvent lorsque j’interroges quelqu’un sur ce qu’il ressent en voyant du orange. Associée à la joie, couleur tonique, elle est toujours brillante. On l’utilise pour faire ressortir l’enthousiasme, la créativité. Couleur d’émotion moins vive que le rouge, mais associée à la vitesse, cette couleur est souvent utilisée pour des produits temporaires ou de consommation.

En signalétique :
Suivant de près le rouge, cette couleur est aussi un symbole de danger, mais qui n’a pas le côté “imminent” du rouge. Il est utilisé pour faire prendre conscience d’une possibilité de risque à moyen terme. Feu orange, alertes météo.

Applications concrètes en publicité :
On va l’associer à Halloween et à l’automne. On l’utilisera pour représenter l’été, la chaleur, les vacances, la joie. L’idée sera de faire passer la joie, la détermination, l’énergie, l’encouragement et l’indulgence. Attention à son point négatif, c’est aussi la couleur de la vanité.

Secteurs principaux utilisant le orange :
Alimentaire, technologie, santé, ménager, social

Anecdote historique :
Savez-vous ce que représente la couleur orange du drapeau irlandais ? Elle symbolise la religion protestante, tandis que le vert évoque la religion catholique et le blanc… la paix entre les deux confessions.

Dans la révolution orange ukrainienne, suite à l’élection présidentielle de 2004, la couleur orange était le symbole de la liberté politique. De la même manière qu’en Israël, au Liban et en Corse.

Enfin, dans l’hindouisme, l’orangé, ou le safran, est la couleur sacrée : c’est le feu purificateur, celui qui libère. Le Bouddha Gautama, renonçant à la vie mondaine, revêtit le linceul d’un mort trouvé dans un cimetière. Il s’agissait d’un drap orange, qui par extension devint symbole de renoncement. Un drap orange qui a inspiré la robe des moines bouddhistes.


Jaune

jaune


La couleur de la joie
Cette couleur est pleine de paradoxe. Si on retient essentiellement la joie dans notre civilisation moderne, si on ressent un sentiment de stabilité lorsqu’on l’utilise, ses sens eux reflètent énormément d’opposition.

Elle est utilisée pour représenter la loyauté mais aussi la trahison. Elle reflète la spontanéité. La couleur en elle même est instable, se fondant à moitié dans le blanc, pourtant elle fait ressentir de la stabilité. C’est la couleur du soleil et de la lumière, la couleur des enfants et des crayonnés pendant les vacances.

En signalétique :
Elle est aussi le symbole d’un danger. Réhaussée de noir, elle a valeur informative. Son rôle est d’être vue de loin, d’informer mais aussi de diriger. Elle indique des problématiques temporaires : travaux, alertes avant un passage en orange ou rouge, ou des dangers “communs” comme certains panneaux de vitesse ou de danger d’animaux dans certaines régions du globe.

Applications concrètes en publicité :
On va l’associer aux vacances, aux enfants, et aux produits discount. Elle est là pour attirer le regard, réhausser une information, mais n’est que rarement utilisée comme une information en elle même.

Secteurs principaux utilisant le jaune :
Ménager, social, énergie, alimentation, agriculture, santé.

Anecdote historique :
Couleur du mariage et des cérémonies dans l’antiquité, au Moyen âge le jaune devient la couleur de l’infamie. Couleur de Judas, des traîtres après les croisades et des tricheur. Elle devient ensuite la couleur des juifs dans un but d’ostracisme symbole du déclin et de l’automne.

Elle est l’opposé de l’or, jaune brillant de la religion, symbole de la joie, du soleil. Dans les années 30 le jaune se redore : elle devient une couleur primaire, puis une couleur moderne (le maillot jaune) et ne s’oppose plus à l’or de la chrétienté mais en arbore le sens.

Elle devient même un symbole de sécurité grâce au gilet jaune qui protège la population sur les routes, avant de perdre cette symbolique avec le mouvement des gilets jaunes. En occident, cette couleur souffre de ses paradoxes de sens à cause de son histoire très mouvementée.


Vert

vert


La couleur du renouveau
Nature, bio, légendes, mystères et printemps, espoir. C’est une couleur qui nous fait penser à la fraicheur du printemps, au renouveau des plantes, à la rosée du matin, et au parfum de menthe.

Pour l’œil humain, c’est une couleur extrêmement reposante. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on l’associe au soin et au bien-être.

C’est par extension une couleur liée à la sécurité. Les symboles de validation en informatique, les terminaux de contrôle rassurent et expriment des réussites grâce au vert.

Le vert est également la couleur de l’argent. On va alors lui donner des connotations liées à l’ambition, l’avarice et la cupidité, la jalousie ou le succès.

Enfin c’est une couleur liée à la rébellion, à la fuite.

En signalétique :
C’est le symbole de la validation ou de la réussite. Sur un feu, on indique à une personne qu’elle peut traverser la route, ou démarrer la voiture. En informatique, on valide ou décrit des réussites.

Applications concrètes en publicité :
On va l’associer à la Saint Patrick, à la finance, au bio, à l’eau et au végétal. On va faire passer des sensations de tranquillité, de fraîcheur, de croissance ou d’argent. A l’inverse, s’il est terne ou foncé on l’associera à la maladie, à la répulsion ou la terreur.
On l’utilisera donc pour des produits bio, l’industrie du médicament, l’industrie agricole, mais aussi pour la banque, la finance, et les jeux d’argent.

Secteurs principaux utilisant le vert :
Énergie, finance, santé, alimentation, agriculture, technologie

Anecdote historique :
Au moyen-âge, le vert est la couleur de Satan, du diable, des ennemis de la chrétienté, des êtres étranges : fées, sorcières, lutins, génies des bois et des eaux. Plus récemment, les super-héros et les Martiens, grands et petits hommes verts de la science-fiction, s’inscrivent dans cet héritage culturel, où le vert joue le rôle de l’ailleurs, de l’étrangeté, du fantastique. Pourquoi ? Parce que c’est une couleur instable, rebelle, très difficile à fixer chimiquement. Avec le vert, le rapport entre chimique et symbolique se révèle passionnant.

vert=bleu+jaune : Cette combinaison, apprise dès l’école maternelle, s’est révélée très tard. A longtemps persisté un tabou, venu de la Bible, sur les mélanges : on ne fusionne pas deux matières pour en faire une troisième. Il existait surtout un règlement professionnel très strict chez les teinturiers, qui n’avaient l’autorisation de fabriquer que certaines couleurs : les cuves de bleu et de jaune ne se situaient pas au même endroit dans la ville, et personne n’aurait donc eu l’idée de les mélanger.

Il faut attendre la découverte du cercle chromatique par Newton, au XVIIe siècle, pour qu’on situe le vert à mi-chemin entre bleu et jaune.


Bleu

bleu


La couleur de la stabilité et de l’Europe
Couleur de la sérénité, de la connaissance, elle représente le calme, l’assurance, la stabilité. Associé au ciel, à l’océan et la glace elle est la couleur préférée des Européens. C’est une couleur neutre, consensuelle, qui fait l’unanimité.

En signalétique :
Elle est utilisée pour toutes les informations à caractère “neutre” qui ne représentent ni un danger, ni une affirmation ou validation.

Applications concrètes en publicité :
Majoritairement utilisée par les organisations internationales à cause de son côté neutre, le bleu est particulièrement prisé par les hommes lorsqu’il est foncé, car associé à la profondeur, l’expertise.

En publicité on va également l’utiliser par touches pour rafraîchir une image, donner une sensation de frais, ou une sensation “aérienne”.

Secteurs principaux utilisant le bleu :
Technologie, énergie, aviation et transports, finance, santé, agriculture

Anecdote historique :
Si le jaune est une couleur contradictoire qui a d’abord été appréciée historiquement, puis détestée à partir du moyen âge, le bleu lui, a connu exactement le chemin inverse.

Le bleu est une couleur largement présente dans la nature, mais elle est dépréciée. Au paléolithique, aucune trace de bleu ou de vert. Dans l’antiquité, elle est désagréable, dévalorisante. Cette teinture, découverte bien trop tard historiquement n’avait aucune valeur à transmettre. Elle tient peu, aucun bleu teint n’est cohérent. Or comme déjà dit plus haut, sans valeur, sans sens, une couleur n’est pas utilisée. A Rome, on s’en sert peu. Chez les barbares, c’est la couleur du deuil et de la mort. Le bleu est si peu utilisé qu’il n’a pas réellement de nom. Les latins emprunteront son nom aux langues germaniques “Blau” pour bleu et l’azur à l’arabe “lazaward”.

Au Moyen âge c’est une teinture pour paysan, qui grisaille avec le temps. Pourtant, quelque part au milieu du XIIè siècle, changement total de décor et d’idéologie:

Pour la nouvelle théologie, Dieu est lumière. Donc tout s’éclaircit: on cherche des couleurs vives, on fabrique des bleus lumineux, ce qu’on n’avait jamais fait avant. Et la Vierge? Son manteau était sombre, en signe de deuil. Le voilà clair, bleu clair. 

Le bleu fait irruption sur les vitraux, le bleu se fait dense et lumineux, la vraie teinture vient d’être inventée. On le pose sur les tapisseries, les rois le récupèrent sur leurs vêtements, un bleu enfin aussi vif que le rouge, puis très vite, en moins de 30 ans, c’est toute la société qui suit.

Depuis 1914 toutes les enquêtes en Europe et aux États-Unis le confirment : le bleu est la couleur préférée, suivi par le vert, puis le blanc et le rouge.

Le bleu est devenu la couleur neutre, la couleur symbolique la plus puissante du vieux continent.


Violet

violet


La couleur de la royauté et de la spiritualité
Associé à la douceur, l’enfance, la spiritualité, le calme, la religion et la magie. Elle est une couleur adorée par les pré-ado, particulièrement appréciée par les femmes et globalement détestée par les hommes. On va l’utiliser pour former du brouillard, créer des atmosphères mystiques et artificielles. On va l’associer au mystère à la sagesse et à l’obscurité

En signalétique :
A ma connaissance, le violet n’est pas une couleur utilisée en signalétique.

Applications concrètes en publicité :
On va beaucoup l’utiliser dans des produits pour adolescents, ainsi que dans des publicités de parfums et de luxe féminins. En l’utilisera en science fiction et fantasy pour des affiches de film liés à la magie ou la science fiction. La couleur est également très utilisée dans le cinéma d’horreur. Associée aux esprits et à l’au-delà, elle est la couleur idéale des atmosphères sombres et inquiétantes précédant une tempête.

De manière plus anecdotique, on l’utilisera beaucoup dans les marques et associations liées au milieu social : aide à la personne, handicap, pour ajouter des nuances calmes et douces.

Secteurs principaux utilisant le violet :
Santé, technologie, finance, aviation, ménager, vêtements

Anecdote historique :
Historiquement, teindre en violet demandait de trouver des composants très rares et dispendieux. C’est la raison pour laquelle cette couleur n’était réservée qu’aux plus grands de ce monde. La reine Cléopâtre, les empereurs Néron et Justinien le portaient avec fierté.

L’empereur Néron et le roi anglais Henri VIII allèrent même jusqu’à rendre illégal le port de cette couleur par autrui. Dans les royaumes byzantins, les épouses donnaient naissance aux héritiers des empereurs dans des pièces garnies de pierres violettes. L’expression “être né dans le pourpre” avait donc la même signification qu’être né avec une cuillère d’argent dans la bouche”

Pour le peuple, le violet était souvent confondu avec le noir. Au Moyen âge, le violet (ou demi-noir, subniger) était la couleur du demi-deuil, autorisé après un an de port de noir intégral. À la cour de France, le drap des cérémonies mortuaires, posé sur le cercueil était de couleur violette.

Durant l’époque moderne, c’est plus son sens religieux et spirituel qui va perdurer : Dans le christianisme, il représente l’union de l’Homme et de l’Esprit Saint, incarné en Jésus-Christ. Mais aussi l’autorité, à travers la tenue portée par les évêques. Lors des périodes de jeûne (Carême, Avent), en signe de pénitence, l’ensemble du clergé porte une tenue liturgique violette. On pense également aux pénitents de certaines confréries qui portent de grands manteaux mauves.
Dans les œuvres modernes, on va l’associer à la magie, aux esprits et à l’au-delà.


Noir

noir


La couleur de la profondeur
Associé à la Mort en Europe, c’est la couleur des jeunes garçons en Chine, de la santé et de l’équilibre en Inde. Pour certains aborigènes d’Australie c’est une couleur festive. Bref, cette couleur est celle qui divise le plus autour du monde. Nous resterons donc sur la vision Européenne afin de nous simplifier un peu la tâche.

Mort, profondeur, abysses, c’est une couleur qui donne le tournis, qui renvoie à l’infini, au vide absolu, au néant. Ferme et forte, elle symbolise aussi la puissance, le luxe, la formalité, le consensuel et le prestige.

Applications concrètes en publicité :
On va essentiellement l’utiliser pour les produits de luxe et les produits masculins. On l’utilise en base pour faire ressortir les couleurs (mettre des photos sur fond noir les rendent plus brillantes). Porté en vêtement il amincit : la couleur ne reflétant que peu la lumière réduit notre perception des volumes dans l’espace.

Très utilisé dans le luxe, la haute technologie et l’automobile, couplé avec du blanc ou de l’or. Couplé avec du orange ou du rouge, il augmente l’agressivité de ces deux couleurs déjà très énergiques. Il est parfait pour certaines boissons énergisantes et pour l’alcool de haute gamme.

Dans le cinéma et les jeux vidéos, il représentera des atmosphères sombres et héroïques ou horrifiques.

Dans la musique et la pop culture elle va renvoyer aux styles les plus agressifs : Death Metal, rap, humour noir…

En imprimerie, on ajoutera 30% de cyan ou 30% de magenta à un fond noir, ce qui lui donnera de la profondeur et changera la perception qu’on a de l’image.

Secteurs principaux utilisant le noir :
Luxe, automobile, vêtements, technologie

Anecdote historique :
Dans la Bible, le noir précède toutes les couleurs. Il a un statut négatif, associé aux ténèbres. Dans l’Antiquité romaine et pendant les premiers siècles du Moyen Age, le bon et le mauvais noir cohabitent. D’un côté le noir renvoie à l’humilité et à l’autorité ; de l’autre au monde des morts et aux forces du mal. Durant l’époque féodale, théologiens, moralistes, pratiques liturgiques concourent à en faire une couleur mortifère. Dans le domaine vestimentaire seuls les moines bénédictins lui restent fidèles.

La fin du Moyen Age apparaît en revanche comme une période d’intense promotion pour le noir, qui se valorise et devient respectable. L’héraldique s’en empare et le délivre de ses aspects funestes. Les lois somptuaires qui condamnent les vêtements trop colorés accentuent sa dimension vertueuse.

Mais, à la fin du XVe siècle, associé au blanc, le noir est conduit à ne plus être considéré comme une couleur. Se met en place une sorte de monde en noir et blanc, bientôt hors de l’univers des couleurs. Toutes les images du Moyen Age étaient polychromes : les images, et les ouvrages imprimés, sont désormais en noir et blanc. En 1665-1666, quand Isaac Newton découvre le spectre, par ses expériences du prisme, il impose un nouvel ordre des couleurs au sein duquel il n’y a plus de place ni pour le blanc ni pour le noir.

Rien n’est simple pourtant ! La photographie est un monde en noir et blanc. Le cinéma vient relayer cette hégémonie. Enfin, à l’horizon des années 1920-1930, le noir devient ou redevient une couleur « moderne ». Les couturiers l’adoptent : la « petite robe noire » de Chanel, en 1926. Il est encore rebelle ou transgressif : les chemises noires, les blousons noirs, le drapeau noir…


Blanc


La couleur de la pureté
Associé à la pureté, à la Paix, à la délicatesse, la fragilité, l’innocence, la virginité, le deuil, la lumière, Dieu, à la gloire et au salut. C’est la couleur de la perfection, de la propreté également.


Applications concrètes en publicité :
On va essentiellement l’utiliser pour ajouter des notions de fraîcheur et de propreté. On l’associe également à la neige et à l’Hiver. Elle est très utilisée par les associations caritatives et les milieux du médicament. Elle est très utilisée pour mettre en valeur des drapés, de somptueuses robes. Il est également utilisé pour les aliments liés à la perte de poids et aux produits laitiers. Dans le high-tech, on l’utilisera pour symboliser la simplicité et la fiabilité. On l’utilisera aussi dans le luxe


Secteurs principaux utilisant le blanc :
Santé, technologie, vêtements, aviation, ménager, associations, agriculture, alimentation

Anecdote historique :
Dans quasiment toutes les civilisations de la planète, le blanc symbolise la pureté et l’innocence. Cette impression a sans doute été renforcée dans les pays où la neige tombe, quiconque a marché sur un tapis de neige n’a pu que ressentir cette impression.

Le drapeau blanc qui réclame la trêve est brandi dès la guerre de Cent Ans, au XIV et XVe siècles et symbolise pour l’une des premières fois la paix.

Pendant des siècles, les étoffes en contact avec le corps (chemises, vêtements de dessous, linge de lit et de toilette) sont exclusivement blanches ou écrues, pour des raisons d’hygiène, mais aussi pratiques : on les fait bouillir pour les laver. Par ailleurs, on se méfie des teinturiers, sorciers aux mains et ongles teints, qui cultivent le secret de leur savoir-faire et passent pour être des alchimistes. Certains considèrent les étoffes teintes comme une falsification, un luxe inutile et trompeur. Ainsi le protestantisme, né au début du XVIe siècle, ne tolère-t-il que des combinaisons de couleur autour du noir, du gris et du blanc, parfois un peu de bleu.

Pour les mêmes raisons, les langes du bébé sont blancs eux aussi. Lors de son ondoiement, puis de son baptême officiel à l’église, il porte un petit béguin blanc qui est gardé précieusement dans les familles, car il a touché les saintes huiles.

Dans les sociétés anciennes, l’incolore est défini par le manque de pigment, le blanc est donc une couleur. Il ne perdra sa qualité de couleur que lors de la découverte de la roue chromatique par Newton.

La quête du blanc ” plus blanc que blanc ” comme celui du ” nouvel Omo ” raillé par Coluche n’est pas nouvelle. Au Moyen Âge, elle est représentée par le doré, on dit que la lumière intense a des reflets d’or : c’est la couleur de la lumière divine représentée en peinture. Le blanc intense d’aujourd’hui a plutôt les reflets de bleu de la glace et des icebergs.

Psychologie des couleurs dans le web-marketing : le résumé en infographie

Résumé graphique des paragraphes précédents


Pour aller plus loin :


Psychologie de la couleur– Janvier 2009 – Eva Heller
Bleu, une histoire de couleurs – 2013 – Michel Pastoureaux – Annie Mollard-Desfour
100 ans de couleur: Art, graphisme, design, un siècle d’inspiration – Février 2016 – Katie Greenwood
La couleur en design d’espaces – Décembre 2009 – Karine Mazeau
Marques et couleurs: Vous avez dit design? – Décembre 2007 – Olivier Saguez
L’Harmonie des couleurs – Edition Pantone – Février 2018 – Leatrice Eiseman & Laurence Seguin
Duotone – 2018 – Design 360
2000 accords de couleurs – Septembre 2009 – Garth Lewis
Design graphique et stratégie de marque : fondamentaux et études de cas – 2018 – A. Georges Sinclair
La symbolique des couleurs en Chine – Hubmode
Les couleurs stratégiques dans la création d’une plate-forme web – Influentia.net
Mille et une feuille : symbolisme des couleurs
Le vert : aux origines d’une couleur rebelle – Télérama
L’invention du bleu – Libération

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